الجمهـوريـة الجزائريـة الديمقـراطيـة الشعبيـة

République Algérienne Démocratique et Populaire

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MESSAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

MONSIEUR ABDELAZIZ BOUTEFLIKA A L'OCCASION DE LA 12ème SESSION ORDINAIRE DU SOMMET DE L'UNION AFRICAINE

 (Addis-Abeba, 3 février 2009)
 

Monsieur le Président,

Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,


Je suis particulièrement heureux de l'occasion qui m'est offerte d'apporter une contribution à la dynamique que nous avons insufflée pour la résolution des problèmes de notre continent.

L'examen du rapport sur les activités du Conseil de paix et de sécurité nous interpelle sur un certain nombre de situations de conflits et de crises qui persistent en dépit d'efforts soutenus pour promouvoir les processus de dialogue politique entre les différents protagonistes.

En dépit des progrès substantiels enregistrés dans le processus de paix au Sud Soudan, la situation au Soudan est, depuis quelques années, un motif de préoccupation du fait de la crise qui sévit dans sa région ouest, le Darfour.

La persistance de cette crise constitue un défi majeur pour notre organisation. Elle nous commande de redoubler d'efforts pour que notre organisation continentale puisse jouer pleinement son rôle de leadership dans la recherche d'une solution au conflit à travers la promotion d'un dialogue serein et franc entre les frères soudanais.

Nous demeurons convaincus que le lancement d'un processus de négociations en vue d'un accord de paix global au Darfour reste le seul moyen de sortir de cette crise.

Dans ce contexte, la demande du procureur de la Cour pénale internationale d'inculper le président Hassen El Bachir marque assurément une dérive dans la pratique du droit international. Cette dérive est d'autant plus insupportable qu'elle exprime une illustration parfaite du constat de +deux poids, deux mesures+, en comparaison des silences, parfois complices, dont bénéficient les véritables criminels de guerre, dans leur entreprise funeste d'élimination préméditée du peuple palestinien. En la circonstance, l'engagement et l'engouement si prompts dont font preuve les donneurs de leçons se sont soudainement tus pour laisser place à l'horreur retransmise en direct par les chaînes satellitaires de télévision.

Jamais, dans l'histoire des guerres, une telle arrogance et un tel mépris n 'ont été affichés et auxquels n'ont échappé ni l'ONU ni ses représentants sur le terrain.

En tout état de cause, nous devons oeuvrer ensemble, pour que soient préservées les chances d'un règlement pacifique de la crise du Darfour. De la même manière, nous encourageons les autorités soudanaises à prendre toute initiative de nature à renforcer les facteurs de justice et de paix dans cette région.

Les efforts déployés dans ce sens par le Conseil de Paix et de Sécurité méritent d'être appuyés.

Je voudrais, par ailleurs, me réjouir de l'initiative de médiation pour le règlement de la crise du Darfour, sous la conduite du Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de l'Etat du Qatar, ouverte aux pays africains.


Monsieur le Président,

Les derniers développements de la situation en Somalie nous interpellent à plus d'un titre. Deux ans après la mise en place d'AMISOM, la question somalienne a connu des développements positifs et prometteurs, après le lancement du dialogue inter-somalien, en mai 2008 à Djibouti, et la signature des Accords du 9 juin 2008 entre le gouvernement fédéral de transition et l'Alliance pour la Re-libération de la Somalie.

On ne peut, à cet égard, que se féliciter des progrès décisifs enregistrés en Somalie à travers la récente élection de Cheikh Sharif Ahmed Said en tant que président de la Somalie. Cette élection, nous en sommes persuadés, constitue une évolution significative, voire déterminante sur la scène politique somalienne et ouvre la voie à la formation d'un gouvernement élargi qui pourrait oeuvrer en faveur de la paix et réunir autour d'une même table l'ensemble des acteurs de la crise somalienne.

Notre approche du problème somalien ne souffre d'aucune hésitation. Nous sommes tous mobilisés pour aider ce pays africain à renouer avec la paix et la stabilité. Il nous incombe d'arrêter définitivement une démarche commune pour que les moyens d'intervention de notre Union restent conformes à la lettre et à l'esprit des dispositions pertinentes de son Acte constitutif et du Protocole portant création du Conseil de paix et de sécurité.

La situation actuelle est marquée par l'urgence d'un renforcement des moyens d'intervention à la fois humains et logistiques de l'AMISOM en particulier après le retrait des troupes éthiopiennes. Plus que jamais, la communauté internationale est interpellée pour assumer ses obligations et ses engagements dans cette entreprise.

A cet égard, je voudrais exprimer toute notre reconnaissance à l'Ethiopie et à notre frère Meles Zenawi, pour les efforts déployés et les sacrifices consentis pour venir en appui aux forces de l'AMISOM.

Il me plaît, en cette occasion, de réitérer la disponibilité de mon pays à contribuer, comme il l'a d'ailleurs fait au moment de la mise en place de l'AMISOM, au renforcement de la mission de l'Union africaine en Somalie en mettant à sa disposition des moyens aériens de transport de troupes. L'Algérie demeure toujours dans cette disposition, prête à répondre diligemment à toute sollicitation qui lui parviendrait de la commission dans ce sens.

Permettez-moi, enfin, de féliciter tous les Etats membres qui ont consenti des efforts louables et généreux pour permettre à cette mission de se mettre en place et à notre organisation de montrer qu'elle est capable d'être à la hauteur des défis, malgré ses moyens fort réduits.

Monsieur le Président,

Dans l'Est de la République démocratique du Congo, nous avons été les témoins d'évènements tragiques. Les progrès tangibles, voire décisifs à certains égards, enregistrés dans le processus de règlement du conflit dans cette région, ont été remis en cause par la résurgence d'une nouvelle crise.

Je voudrais, à cette occasion, exprimer mes sincères félicitations que j'accompagne de mes voeux les plus profonds de succès à mon frère le président Olusegun Obasanjo, pour le travail remarquable qu'il a accompli afin que ce conflit trouve une issue pacifique et un règlement durable, et que la confiance mutuelle s'installe définitivement entre les protagonistes de la crise.

L'Algérie, qui suit avec une profonde préoccupation l'évolution de la situation en RDC, a salué, en son temps, les importantes décisions issues de la conférence de Nairobi du 7 novembre 2008, de même que les résultats auxquels sont parvenus nos frères, les présidents Joseph Kabila et Paul Kagame. Nous saluons ce désir de paix que nous souhaitons précurseur d'une réconciliation durable entre tous les pays de la région.

Le processus de paix dans la région des Grands Lacs a marqué d'importants progrès qu'il convient de conforter par des actions concrètes dans le respect des décisions et accords auxquels les principaux acteurs de cette crise sont parvenus.

Les dernières nouvelles qui nous parviennent du Nord-Kivu, même si elles doivent nous inciter à la prudence, témoignent des avancées remarquables enregistrées sur le terrain, grâce à la médiation, une fois de plus, du président Obasanjo et aux efforts de l'Union africaine.


Monsieur le Président,

La démocratie et le respect de l'ordre constitutionnel sont des facteurs essentiels pour la paix et la stabilité dans nos pays. C'est là un consensus auquel l'Afrique est parvenue de façon salutaire. Nous sommes, cependant, interpellés par certaines situations.

En effet, les changements anticonstitutionnels de gouvernement survenus récemment en Afrique sont porteurs de dangers pour la construction de l'Etat de droit et de menaces pour la souveraineté et la stabilité des Etats.

L'Afrique, qui a affirmé et réitéré sa position de principe sur le rejet de tout changement anticonstitutionnel de gouvernement, en s'appuyant sur les décisions du sommet d'Alger de 1999 et du sommet de Lomé de 2000, devra s'impliquer dans le retour à l'ordre constitutionnel afin que prévale la volonté populaire.

Il est nécessaire, pour ce faire, que les décisions historiques prises au sommet d'Alger, puis au sommet de Lomé, soient pleinement appliquées et qu'elles ne souffrent d'aucune exception car il y va de notre crédibilité.

Monsieur le Président,

Qu'il me soit permis de saluer, ici tous les frères africains qui ont dépensé des trésors d'énergie, d'imagination et de persévérance pour contribuer, avec des moyens limités, mais avec une volonté à toute épreuve, aux processus de règlement des conflits et crises qui affectent notre continent.

A cet égard, notre Conseil de paix et de sécurité, que l'Algérie s'honore d'avoir présidé le mois écoulé, a donné, encore une fois, la preuve de sa validité, de sa pertinence, et de son utilité dans toute démarche visant la prévention, la gestion et le règlement des conflits.

Emanation du Conseil de paix et de sécurité, le groupe des Sages que préside mon frère le président Ahmed Ben Bella auquel je rends un hommage mérité, ainsi qu'aux autres honorables membres, s'est inscrit avec détermination dans cette logique de règlement pacifique des conflits. Par sa contribution, discrète mais efficace, à la prévention et le règlement des conflits, le groupe confirme toute la portée de la sagesse africaine en tant que facteur précieux dans la résolution des conflits.

Tout en réitérant l'appel solennel de l'Algérie pour que tout soit mis en oeuvre afin de rendre la paix irréversible sur notre continent, grâce à la bonne volonté des uns et des autres, je formule le voeux sincère de voir les discussions, en cours, entre les différents protagonistes dans tous les foyers de crise, que ce soit au Soudan, en Somalie, en République démocratique du Congo ou ailleurs en Afrique, se dérouler dans une atmosphère empreinte de l'esprit de réconciliation fraternelle, du sens du dialogue, de la compréhension et du respect mutuels, et, enfin, de responsabilité pour permettre le rétablissement de la paix et de la stabilité en Afrique.

 

 

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