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Toast du président Bouteflika à l'occasion du déjeuner offert en l'honneur du président français

 

[Aps 4/12/07]  ALGER - Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a prononcé mardi à Alger un toast à l'occasion du déjeuner qu'il a offert en l'honneur du président français, M. Nicolas Sarkozy, en visite d'Etat de trois jours en Algérie. En voici le texte intégral :

 

"Monsieur le Président,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

 

Je n'ai pas besoin de vous dire tout mon plaisir de vous accueillir en terre algérienne et de vous y souhaiter la plus chaleureuse des bienvenues, ainsi qu'à la délégation qui vous accompagne. A travers vous, nous voulons exprimer au peuple français notre amitié, comme nous voulons encore une fois adresser notre sincère reconnaissance à tous les Français qui nous ont apporté leur aide et leur solidarité aussi bien durant notre guerre de libération que dans les moments difficiles que nous avons vécus.

Vous savez bien, Monsieur le Président, l'amitié et l'estime que je vous porte, de même que l'intérêt que je ne cesse d'accorder au développement des relations entre nos deux pays. Ces relations se fondent sur une histoire commune qui nous a profondément marqués, aussi bien vous que nous et qui donne à nos rapports un caractère exceptionnel, car ils reposent sur un tissu humain qui les consolide en même temps qu'il les rend plus complexes.

C'est à nous qu'il appartient d'en tirer le meilleur pour le plus grand bénéfice de nos peuples et plus particulièrement pour notre jeunesse qui, pour ne pas porter la responsabilité du passé, en subit néanmoins la pression et les conséquences, et se trouve en droit de prétendre à un avenir de paix, de solidarité et de prospérité différent du présent qu'elle a reçu en héritage.

Je suis convaincu que cette visite nous permettra d'aborder avec franchise et courage les problèmes qui se posent dans nos rapports et que nous trouverons le moyen d'y porter remède dans un esprit d'ouverture et de volonté réciproque de compréhension et d'amitié.

Il y a entre l'Algérie et la France un formidable potentiel de complémentarités scientifiques, technologiques et économiques qui nous invite d'autant mieux à l'ambition que nos relations, destinées à l'exemplarité, s'enracinent dans un terreau humain exceptionnel de compétences et d'affinités culturelles en quête d'épanouissement.

C'est ainsi que nous avons la responsabilité d'encourager, de libérer, de promouvoir, d'accompagner les initiatives scientifiques, économiques et culturelles, par la rénovation, l'adaptation, la modernisation des cadres qui régissent nos relations, en facilitant les échanges et la circulation des hommes, des idées et des richesses.

Témoin vivant de nos liens passés et de la vitalité de nos échanges, la communauté algérienne en France est légitimement concernée par les relations entre nos deux pays, elle souhaite s'y investir davantage. Cette communauté qui vit parfois l'exclusion, souffre peut-être davantage de l'incompréhension, des préjugés culturels et de la ghettoïsation religieuse.

Pour en faire un trait d'union solide entre nos deux sociétés, il relève de notre responsabilité commune de répondre aux appels des nouvelles générations en quête de repères, en les aidant à reconstruire une personnalité en harmonie avec leur vécu ainsi qu'avec leur histoire.

 

Monsieur le Président,

 

L'Algérie est aujourd'hui engagée dans un processus de modernisation économique culturelle et sociale considérable, à travers un volume d'investissement sans précédent, qui lui permettra de rejoindre à court terme la catégorie des économies émergentes. Partenaire majeur de l'Europe dans le secteur de l'énergie, elle est désormais appelée à jouer un rôle de premier plan dans les échanges économiques méditerranéens hors hydrocarbures. Les ambitions réalistes qu'elle nourrit pour elle-même, sont ouvertes à ceux de ses partenaires qui sont disposés à l'accompagner, et je pense en particulier aux entrepreneurs français qui se trouvent favorisés par rapport à ceux d'autres pays en raison de la proximité et des facilités que procure une longue pratique des échanges commerciaux et humains.

 

Monsieur le Président,

 

Je sais que vous êtes porteur du projet d'Union méditerranéenne qui vous tient particulièrement à coeur et que vous défendez avec autant d'énergie que d'optimisme. Nous en avons déjà discuté et je ne vous cache pas que je ne suis pas resté insensible à votre enthousiasme et que, en Algérie, nous sommes disposés à contribuer à sa réalisation dans la mesure où nous auront précisé ses contours et ses objectifs ainsi que la place qu'il prendra au côté des organismes qui sont déjà en place et qui rassemblent les pays des deux rives de la Méditerranée.

Il est clair que le Nord et le Sud partagent les mêmes aspirations vers la sécurité, la stabilité et la prospérité. Ces aspirations peuvent être satisfaites dans un climat de solidarité fondé sur notre unité dans notre diversité. Mais on ne peut ignorer les obstacles qu'il faudra franchir et les crises qu'il sera nécessaire de dépasser.

La plus importante de ces crises est évidemment celle du Moyen-Orient où il devient plus urgent que jamais de mettre fin à l'occupation israélienne des territoires arabes et de permettre au peuple palestinien de disposer en toute souveraineté d'un Etat viable et aux frontières reconnues. La tragédie du peuple palestinien dure depuis plus d'un demi-siècle et il serait vain d'imaginer une Méditerranée apaisée et fraternelle sans qu'il y soit mis fin de manière définitive.

Je crois savoir à ce sujet que la France a toujours préconisé le respect du droit international et du droit de tous les peuples à l'autodétermination. Cela a été le cas à plusieurs occasions et en particulier en ce qui nous concerne directement puisque, après presque huit années d'une guerre de libération coûteuse en vies humaines, le peuple algérien a accédé à l'indépendance en exerçant son droit à l'autodétermination.

Cela explique sans doute notre entière solidarité avec tous les peuples sous domination étrangère et qui luttent pour leur droit à l'autodétermination. C'est en particulier le cas du peuple du Sahara occidental dont le droit à l'autodétermination est reconnu sur le plan international et devrait pouvoir être exercé librement et sans restrictions.

 

Monsieur le Président,

 

Il ne faut pas perdre de vue que, lorsque vous venez en Algérie, vous posez le pied sur le continent africain. Vous avez, à plusieurs reprises et dans diverses circonstances, manifesté votre intérêt pour ce continent qui se débat dans des difficultés apparemment insurmontables pour sortir de son sous-développement et rejoindre le reste du monde dans cette mondialisation qui nous entraîne tous et ne se préoccupe pas de ceux qui n'arrivent pas à suivre son rythme.

Nous vous rejoignons entièrement dans vos préoccupations et tout d'abord parce que nous sommes des Africains, intimement solidaires de tous les peuples africains. Je peux vous dire que, malgré les apparences qui pourraient entraîner vers le pessimisme, les choses sont en train de bouger en Afrique. L'initiative du NEPAD, que vous connaissez bien, est en train de produire ses premiers effets, et d'abord en poussant les africains à se prendre en charge et à définir eux-mêmes leurs priorités et leurs ambitions, avant de solliciter l'encouragement et l'aide du reste du monde. Parier sur l'avenir de l'Afrique est donc, et à mon avis, un pari raisonnable et dont le succès est assuré.

La France, bien sur, est interpellée par la situation du continent africain. Mais l'ensemble de l'Europe l'est également car la plupart des pays européens ont fondé leur prospérité sur l'exploitation de territoires africains qu'ils ont colonisé à un moment ou à un autre et pour des durées plus ou moins longues. Le problème de l'émigration clandestine vers l'Europe concerne de jeunes africains qui fuient la misère dans leurs pays et croient trouver une vie meilleure au nord de la Méditerranée. Je n'ai pas besoin d'évoquer la gravité de ce drame humain et le désespoir qu'il traduit chez des jeunes qui osent affronter une mort presque certaine pour un mieux-être des plus problématiques.

On peut comprendre la réaction des pays européens à cette immigration qui s'intensifie malgré les risques qu'elle présente. Mais cette réaction restera vaine si elle ne s'appuie que sur des mesures policières de renvoi dans des conditions plus ou moins acceptables des immigrants dans leurs pays d'origine.

Il est certain qu'il s'agit d'un problème humain dont les dimensions prennent toujours plus d'ampleur et qu'il faudrait traiter en recherchant les racines réelles. Ce problème migratoire n'est pas nouveau, il se pose en fait dès l'origine de l'humanité où les groupes humains étaient à la recherche d'endroits leur offrant les possibilités de vivre, le mouvement migratoire se faisant toujours de régions pauvres vers les régions riches. Ce problème nécessite donc d'être traité d'abord dans un esprit de solidarité et en apportant toute l'aide nécessaire aux pays qui se débattent dans un sous-développement générateur de misère et de désespoir.

 

Monsieur le Président et Cher Ami,

 

Le monde moderne a facilité les déplacements et, en dehors des mouvements clandestins dont je viens de parler, les brassages humains sont aujourd'hui favorisés par le développement des moyens de locomotion. C'est là un événement dont il faut se réjouir, car c'est en se connaissant que les hommes arrivent à se comprendre et à se respecter. Les courants migratoires entre l'Algérie et la France ont connu la même évolution, en dehors de la période de colonisation où la main-d’oeuvre algérienne était recherchée et appréciée en France, et pendant les guerres françaises, de Sedan à Dien-Bien-Phu où les algériens ont généreusement versé leur sang. Ceci a conduit à la création en France d'une colonie algérienne assez importante qui constitue en fait un pont entre nos deux pays, à travers lequel se renforcent nos liens d'amitié et nos relations bilatérales. D'un autre côté, je suis certain que cette communauté, qui contribue à la prospérité de votre pays, est un élément de richesse de votre population tout en restant proche de ses origines.

Je pense donc que toute mesure tendant à faciliter et à encourager les échanges humains entre nos pays relève d'une politique saine et avisée car elle servirait les intérêts bien compris de l'Algérie et de la France.

 

Monsieur le Président et Cher Ami,

 

Je tiens à vous dire que je me réjouis de la possibilité qui nous est donnée, à travers votre visite, de poursuivre nos entretiens et d'échanger nos vues sur les problèmes qui nous concernent directement, mais également sur les problèmes internationaux qui font l'objet de nos préoccupations communes. Je veux cependant que votre programme vous permette également de vous détendre et de goûter aux charmes que peuvent offrir notre pays et les traditions hospitalières de notre peuple. Je vous remercie".

 

[Aps   4/12/07]

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